Lufthansa Highlights Leipzig

 

Lufthansa Highlights Reisebericht Leipzig

 
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Lufthansa Highlights Leipzig: "Le vrai visage de Leipzig"

La place du marché est en travaux depuis des années. Le perruquier Woyzeck y est décapité en 1824 pour avoir poignardé sa bien-aimée par jalousie, inspirant plus tard l’écrivain Georg Büchner. Je sens soudain quelques flocons de neige sur mes lèvres. Vite, j’ai besoin d’un bon chocolat chaud au World Coffee Shop de la librairie Hugendubel (Petersstraße 12–14), au deuxième étage, juste derrière les rayons religion et philosophie et à côté du rayon « Véhicules et hobbies ». En fond sonore, une sélection des plus grands tubes sur Leipzig. Mais je n’y trouve pas mon bonheur. Quelqu’un a-t-il déjà écrit une chanson sur l’air de Leipzig, comme il en existe une sur l’air de Berlin ? Pas à ma connaissance. Dans la nuit froide, on peut le voir l’air de Leipzig, il forme une buée blanche lorsque l’on expire. Mais il est encore plus beau quand on sait de quoi il est composé. Un soupçon de Bitterfeld, une touche de Bach, le souffle léger de la révolution pacifique, la sueur des jeunes pionniers, la voix criarde de Walter Ulbricht et « L’Ode à la joie » de Schiller, écrite ici-même.

Sur le Neumarkt, on entend sonner en même temps les cloches de l’église Saint-Nicolas et de l’église Saint-Thomas. L’une s’est faite l’écho des prières pour la paix qui ont ouvert la voie dans les années 1980 à la chute du Mur, tandis que l’autre a vu célébrer le baptême de Karl Liebknecht, dont les parrains n’étaient autres que Marx et Engels. A l’église Saint-Thomas, on joue ce soir la Messe en si mineur de Bach. Mais j’ai faim, alors je me dirige tout droit vers mon restaurant coréen préféré, le Kim, dans le Strohsackpassage (Nikolaistraße 6–10).

Les magasins ferment. Dans les rues, dénommées Salzgässchen (petite rue du sel), Schuhmachergässchen (petite rue des cordonniers), ou encore Gewandgässchen (petite rue des tailleurs), résonne un mélange de dialecte local et de langues étrangères parlées par les étudiants internationaux. Les barbouillages colorés du peintre de Leipzig Michael Fischer-Art, sur le Brühl, la noirceur enveloppée de tulle des « grunges » qui sortent du bar à absinthe de la Katharinenstraße.

L’apparence pimpante des coiffeuses qui sentent bon les échantillons de parfumerie et le discret couinement des déambulateurs des personnes âgées : un monde dans la ville, à défaut d’une ville mondiale. Peut-être faut-il quitter cet univers et y revenir pour apprendre à aimer ce que seuls les touristes peuvent apprécier ?

Je suis partie alors que je n’étais encore qu’une adolescente, et je suis revenue à l’âge de 40 ans. Pour moi, Leipzig est un mélange de souvenirs d’enfance et de nouveautés, de relents de socialisme et du vernis lisse du capitalisme, de sentimentalité maculée d’excréments de pigeons et du mouvement national un peu défraîchi pour le développement de l’Allemagne de l’Est, de ferveur religieuse et de patriotisme. La patrie justement, c’est également une accumulation d’habitudes et de routines. Au restaurant coréen, je commande toujours la même chose : du Bulgogi, un émincé de bœuf épicé préparé à table devant moi, accompagné de Kim-Chi (chou chinois mariné dans le vinaigre) et de saké chaud. Le cadre n’a rien d’exceptionnel : situé dans un centre commercial, le restaurant est décoré comme tous les autres restaurants asiatiques, mais on y mange divinement bien et on ne risque pas d’y croiser les individus douteux habituels, car ils envahissent plutôt la très branchée Gottschedstraße et colonisent le Barcelona ou le Sol Y Mar.

Une dizaine de pas suffit pour faire le tour du centre-ville. Mon cinéma préféré, le Passage-Kino, n’est pas très loin non plus (Hainstraße 19a). La dernière rangée de sièges de la plus grande salle, « l’Astoria », est idéale pour flirter. Après quoi je recommande ma très romantique promenade-de-nuit-pour-célébrer-les-vingt-ans-de-la-chute-du-mur « Wior sinn dos Volk! » (« Nous sommes le peuple » en dialecte local) : descendez la Hainstraße (là où Theodor Fontane a suivi son apprentissage de pharmacien), puis tournez à gauche, vous laissez tomber la Galeria Kaufhof sur votre droite, empruntez la zone piétonne le long du chantier où l’Unikirche est en train de reprendre vie, puis passez entre le Mendebrunnen et le Gewandhaus, direction la poste centrale.

Leipzig, ville des héros, ville de la musique, ville de la foire du livre. Berceau de l’Ecole de Leipzig. Leipzig, un état d’âme, une humeur, une sorte de chez soi. Pour finir, je vais boire un dernier verre. Soit un Miss Marple, cocktail sans alcool du Sonder Bar, soit quelque chose de plus fort au First Whisk(e)y Bar, qui propose plus de 150 sortes de whisky (les deux bars : Strohsackpassage, Nikolaistr. 6–10).

J’opte pour un verre de Lagavulin, un single malt de 16 ans d’âge qui exhale des arômes de tourbe, d’algue et de brûlé, pas une boisson de mauviettes ! Je danse rarement, si ce n’est sous la contrainte, mais après le second verre de Lagavulin, je sens le souffle brûlant d’une adolescence soudain si proche et je me remets en route. Dans le quartier des bars, qui s’étend tout autour du Barfußgässchen et qui porte le nom amusant de « Drallewatsch » (aller guincher), je croise sur mon chemin des personnes ivres, un groupe de punks et des touristes avides d’aventure. Et tous les passages devant lesquels je passe : Mädler, Strohsack, Messehof. Où mènent-ils ? Et tous les vieux bâtiments réhabilités et modernisés ? Qui y habite ?

A partir de 01h00, la cave du Spizz, en face de l’ancien hôtel de ville, fait toujours salle comble (Markt 9). Au gré de soirées « Jazz Funk Disco » ou « Piano Boogie Night », il se passe presque toujours quelque chose sur la petite scène au-dessus de laquelle pendent des instruments à vent suspendus au plafond. L’entrée est gratuite. Un pas vers la gauche avec le pied gauche, puis ramenez le pied droit contre le pied gauche. Le Lipsi n’a pas percé à l’époque. Mais Leipzig n’en reste pas moins résolument à la mode.

 
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